Etats-Unis/Cuba : une réelle réconciliation est-elle vraiment possible ?

Publié le 16 septembre 2015
Barack Obama et Raul Castro, le 11 avril, en marge du septième Sommet des Amériques, au Panama
Barack Obama et Raul Castro, le 11 avril, en marge du septième Sommet des Amériques, au Panama

Depuis le 20 juillet dernier, le Stars and Stripes flotte à nouveau dans La Havane. Cette réouverture de l’ambassade américaine à Cuba a constitué un nouveau pas en avant dans la politique de réconciliation que mènent en commun Barack Obama et Raul Castro. D’aucuns ont même vu dans cette réouverture des ambassades le parachèvement de la réconciliation entre les deux frères ennemis. Malgré tout, lors de leur conférence de presse commune, John Kerry et son homologue cubain Bruno Rodriguez n’ont pas manqué de souligner les différences encore fortes entre les deux pays et les nombreux sujets de tension.

Guantanamo, le nœud gordien des relations américano-cubaines

Bruno Rodriguez, lors de la conférence de presse, a appelé à la fin de l’embargo économique contre Cuba et a demandé la restitution « du territoire occupé illégalement », à savoir Guantanamo Bay. John Kerry a bien plaidé pour la levée de l’embargo sur Cuba. Il faut quand même rappeler que cette levée de l’embargo soit conditionnée à un vote favorable à la Chambre des Représentants et quand on sait que la majorité est Républicaine, il est loin d’être certain que le vote sera favorable. Toutefois, à propos de Guantanamo, le Secrétaire d’Etat américain a été très clair : « pour le moment, il n’y a pas d’intention de notre part d’altérer le traité de location ». De quoi bien refroidir l’ambiance.

La question de Guantanamo, en plus d’être la principale pierre d’achoppement des relations entre les deux pays, est surtout une véritable boite de Pandore pour les deux pays. Lors de la fameuse conférence de presse, ce n’est d’ailleurs pas un hasard si à la suite de la question sur Guantanamo nous avons pu assister à une passe d’armes cordiale mais déterminée sur les « valeurs qui ne sont pas les mêmes entre les deux pays »selon Bruno Rodriguez. C’est ainsi que John Kerry a rappelé que les Etats-Unis n’étaient pas un pays où les opposants étaient obligés de garder le silence sous peine de finir emprisonnés. A cette attaque à peine dissimulée, Bruno Rodriguez a répliqué que Cuba n’était pas un pays où la discrimination raciale existait et où les violences policières causaient des morts. Pour la franche réconciliation on repassera.

Le poids de l’Histoire

La principale raison pour laquelle la réconciliation n’est pas totalement possible, à mon sens, reste l’Histoire agitée entre les deux nations. Les Etats-Unis ont toujours considéré l’Amérique Latine comme leur pré carré et dans cette vision, Cuba constitue ainsi le premier pion à faire tomber et à maintenir sous influence. D’où le maintien de Baptista au pouvoir ou le débarquement de la baie des Cochons. De cette tentative de mise sous tutelle, les Cubains ont gardé une profonde rancœur envers ce grand frère qui n’a pas hésité à user de la violence comme avec la doctrine du Big Stick au début du XXème siècle.

Alors certains diront qu’au vu de leur proximité géographique, ces quelques bisbilles de l’Histoire ne devraient pas constituer un obstacle bien difficile à surmonter dans la normalisation des relations entre les deux pays. Je ne pense pas, pour ma part, que l’argument soit recevable. Regardons l’Histoire et nous verrons que la proximité géographique n’est pas nécessairement synonyme de réconciliation aisée. L’exemple franco-algérien le montre : malgré leur relative proximité géographique, les deux pays ont bien du mal à normaliser leurs relations 60 ans après l’indépendance du pays. Alors, la réconciliation entre Cuba et les Etats-Unis est certainement en marche mais le chemin sera long et sinueux et en aucun cas aussi aisé qu’on tente de nous le faire croire.

Marwen Belkaïd
Membre de l'équipe Isegoria 2015