La première autoroute 100% recyclée est française

Publié le 31 décembre 2018 Écologie Nouvelles Technologies Société

« Eurovia, filiale de VINCI spécialisée dans la construction des infrastructures de transport et des aménagements urbains, en collaboration avec VINCI Autoroutes, vient de réaliser la première route 100% recyclée au monde » : ainsi s’ouvre le triomphant communiqué de presse. Mardi 9 octobre, en effet, Eurovia inaugurait un tronçon d’autoroute avec de l’enrobé 100% recyclé d’1 kilomètre, sur l’A10 en direction de Paris, en Gironde (l’enrobé désigne le revêtement constitué de granulat et de bitume, le granulat étant l’ensemble des mortiers inertes (sables, graviers, cailloux…) des mortiers et bétons). Une première mondiale. En effet, si cela fait au moins trente ans que le procédé de recyclage des routes existe, le pourcentage de 100% n’était jusqu’ici appliqué que sur de très petits volumes et par des usines fixes. Le recyclage des routes sur des longues distance plafonnait jusqu’ici à environ 50%. Franchir le kilomètre à 100% de matériaux recyclés par une usine mobiles, plus qu’un cap, c’est une péninsule.

Mais comment accomplit-on une telle prouesse ? Futura Sciences explique : « La rénovation a été possible grâce à une usine mobile conçue par le constructeur Marini-Ermont et capable de fabriquer à chaud un enrobage routier en se servant du revêtement précédent. » Deux tambours, un brûleur, un doseur, un générateur d’air chaud, beaucoup d’heures de travail, et la route en place sert de matière première à celle qui la remplace. Suivent le rabotage, le concassage, le criblage et la mise en œuvre des enrobés, et vous avez une nouvelle route, comme une réincarnation.

L’innovation en elle-même a été imaginée à Mérignac, tout près, dans le centre de recherche international d’Eurovia. « Ce projet de recherche est lauréat de l’appel à projets « Route du Futur » opéré par l’ADEME dans le cadre du Programme d’Investissements d’Avenir, qui soutient le développement de solutions industrielles innovantes et ambitieuses pour réduire l’impact environnemental des infrastructures routières et accompagner la transition énergétique du secteur routier », se félicite Eurovia sur son site.

Si le coût est similaire à celui d’un revêtement neuf, les bénéfices ultérieurs sont de l’ordre d’une réduction de 20% de la consommation d'énergie et de 50% d'émissions de gaz à effet de serre.

La résistance du tronçon est maintenant soumise à évaluation : elle devra, pendant deux ans, supporter un trafic journalier de plus de 30 000 voitures selon les rapports de Vinci pour que le procédé soit étendu à de plus larges portions de routes et d’autoroutes. Affaire à suivre.

Sources : Eurovia, Futura Sciences, Challenges, Capital

Pierre Menard
Membre de l'équipe Isegoria 2018