La course à l'espace démesurée de SpaceX

Publié le 29 décembre 2018 Économie Nouvelles Technologies Science

Le 28 Mars 2018, la Commission Fédérale des Communications américaine (FCC), régulatrice des télécommunications, autorisait SpaceX à lancer 4 425 satellites dans l’espace. Sauf que l’espace, c’est grand. Très grand. Et puisque « quand y en a pour deux, y en a pour moi », le jeudi 15 novembre, la FCC a autorisé SpaceX à mettre 7 518 satellites supplémentaires en orbite dans les prochaines années. En tout, 11 943 satellites doivent être lancés en neuf ans, dont la moitié en six ans. C’est le projet Starlink. En comparaison, le Bureau des Affaires Spatiales de l’ONU ne recense qu’à peine 8 000 objets lancés dans l’espace depuis Spoutnik en 1957. Si l’on compte entre 4 800 et 4 900 objets encore en orbite, moins de 2 000 objets seraient encore actifs selon l’armée américaine. En comparaison également, le plus grand projet concurrent, « OneWeb », mené par plusieurs entreprises, ambitionne une méga-constellation de 900 satellites.

Ces satellites seront bientôt envoyés à quelques centaines de kilomètres au-dessus de nos têtes afin d’assurer un ravitaillement en Internet à toute la planète bleue avec une performance record. En plaçant la constellation en orbite basse entre 335 et 346 km d’altitude, Elon Musk promet un temps de latence entre l’utilisateur et le satellite de seulement 25 millisecondes, soit 50 millisecondes aller-retour. Un Internet sans fil ultra-rapide pouvant couvrir les régions les plus rapides du monde. Notons que cette orbite est vraiment basse : si l’ISS plane à 400 km au-dessus de nous, les énormes satellites géostationnaires qui convoient les données aujourd’hui sont placés à 36 000 km !

Bien sûr, on ne parle pas de satellites à taille humaine : ceux que SpaceX désire envoyer dans l’espace sont relativement petits, certains ne mesurant que dix centimètres de long et ne pesant que quelques kilos, rien de très imposant, et le nombre fera leur force. Une petite taille permet de réduire significativement le risque de collision avec des corps célestes, naturels ou déchets humains. Car là-haut, la gravité fait que tout se déplace à plusieurs kilomètres par seconde ; à cette vitesse, un morceau d’acier de deux centimètres a tôt fait de mettre un gros satellite hors service.

Ces détritus humains, on en recensait 500 000 en 2012 ; le nombre augmente vite, puisqu’il y en avait cinq fois moins en 2004, note la FCC. Il y a bien des observatoires dédiés à leur traque, mais on ne peut observer les plus petits, et la solution la plus simple est bien de construire des méga-constellations : le risque de collision par satellite est extrêmement faible, en même temps que la perte d’un seul n’a pas de vraie incidence. Evidemment, les mauvaises langues diront que la meilleure des solutions serait d’abord de débarrasser l’espace des détritus qu’on y a mis, mais quel genre de filet ou d’aimant pourrait intercepter des centaines de morceaux de quelques centimètres de diamètre sans être fracassé de part en part ?

Placer la constellation en orbite basse facilitera également la récupération des éléments arrivés en fin de vie. Il doit également être moins cher de construire des milliers de petits instruments que des dizaines d’objets imposants. Quand auront lieu les premiers lancements ? D’ici 2019 si tout se passe bien, afin d’avoir des résultats dès le milieu de 2020, une fois suffisamment de satellites en position. Affaire à suivre.

Sources : Futura Sciences, Bloomberg, Le Point

Pierre Menard
Membre de l'équipe Isegoria 2018