Le corps dans l’Ethique de Spinoza - Seconde Partie

Publié le 04 mai 2018 Société Philosophie éducation

Introduction partie 2

Rappel de ce qui a été dit jusqu’ici. Un corps est fini en son genre ; nous, humains, le percevons sous l’attribut de l’Etendue ; il découle d’une chaîne infinie de causes dont le point de départ est Dieu considéré sous l’attribut de l’Etendue, et exprime en cela l’essence de Dieu de manière précise et déterminée. Un corps existe de pair avec son idée ; il est l’idéat de cette idée ; tous deux sont une seule et unique chose que l’on perçoit sous l’attribut de l’Etendue ou de la Pensée, ce sont deux facettes d’une même réalité. Spinoza n’est donc ni matérialiste ni spiritualiste au sens commun des termes : la matière ne prime pas sur la pensée et inversement.

Connaître l’Homme doit amener le règne de la connaissance rationnelle, laquelle doit supplanter la connaissance superstitieuse afin de rendre les hommes sages donc libres. Connaître l’Homme implique de connaître son Esprit. Or, l’Homme consiste en un Esprit et un Corps, deux facettes de la même réalité : l’Esprit humain perçoit et connaît à travers les affections du monde extérieur sur son Corps, car la connaissance des affections enveloppe celle des corps affecté et affectant. Connaître l’Esprit humain implique donc de connaître le Corps humain ; donc l’Homme est d’abord un corps.

Comme pour la partie 1, je fais ici en sorte que le tout soit accessible aux moins bons tout étant un tant soit peu concret pour ceux qui le souhaitent, en espérant donner à ces derniers l’envie de s’intéresser plus avant à Spinoza, penseur génial.

 

                6.             La Connaissance du monde par le Corps (humain)

Les Propositions 14 à 19 exposent les mécanismes de la connaissance spontanée : c’est par le Corps que l’Esprit perçoit et connaît. Ici, on rentre dans le concret. Malgré son air hermétique, la connaissance par le Corps chez Spinoza est simple. Le Corps est mis en contact avec de ce qui l’entoure grâce à ses cinq sens ; reformulé : un corps extérieur l’affecte à travers un ou plusieurs des cinq sens. Cette affection est une image. Lorsque le corps affectant affecte notre Corps, notre Esprit « imagine » ce corps : c’est la connaissance directe par le corps, que Spinoza appelle « connaissance par imagination, connaissance du premier degré »

Proposition 14 : « L’Esprit humain est apte à percevoir un très nombre de choses, et d’autant plus que son Corps peut être disposé selon plus grand nombre de manières/modalités. » Proposition 15 : « L’idée qui constitue l’être formel de l’Esprit humain est non pas simple mais composé d’un très grand nombre d’idées. » Ces idées sont les idées des Individus qui composent le Corps, elles-mêmes les idées des Individus composant les Individus composant le Corps humain, et ainsi de suite à l’infini. L’idée du Corps humain est composée des idées individuelles des je ne sais combien de millions de cellules qui le composent, elles-mêmes engendrant celles des tissus, eux-mêmes engendrant celles respectives des organes, etc.

La Proposition 16 relie les idées que se forme l’esprit avec les affectations du corps : les seules idées que nous avons sont celles des modifications du corps. Il suit ainsi : selon l’Axiome 4 des éléments de physique, toutes les manières/modalités selon lesquelles un corps quelconque est affecté suivent de la nature du corps affecté et de celle du corps affectant* ; et par suite, « l’idée d’une quelconque manière / de chaque modalité dont le Corps humain est affecté par les corps extérieurs enveloppe nécessairement la nature du Corps humain et la nature du corps extérieur. »

* Si je touche un glaçon du doigt et le trouve froid, c’est que le glaçon est plus froid que ma peau, mais cela meut changer si je le touche après avoir plongé ma main dans l’eau froide.

Misrahi (pour ceux qui veulent) : « l’analyse de l’esprit lui-même n’est plus, comme dans la tradition aristotélicienne et cartésienne, l’analyse de ses facultés diverses et distinctes, mais l’analyse de ses aptitudes à percevoir et à connaître, aptitudes qui sont toujours celle de l’esprit en entier, et comme activités actuelles. Ici, le caractère synthétique de cet esprit (ou idée du corps) est la manifestation de l’activité globale de perception : l’esprit en entier perçoit en intégrant toutes les modifications locales ou globales qui affectent le Corps. Et c’est pourquoi Spinoza nie l’existence d’une âme sensible et végétative que l’on opposerait à une âme rationnelle. Ajoutons que la structure globale et synthétique de l’idée qui constitue l’esprit humain exprime (en même temps qu’il rend possible) la très grande aptitude à percevoir. La connaissance humaine est toujours simultanément perception consciente de son Corps et du monde ; elle est en cela riche d’aptitude, active et synthétique. La synthèse et la richesse perceptives sont ici une structure, un élément de l’essence de l’esprit humain ; ils rendent possible et annoncent une éthique positive de la richesse et de l’expansion de la vie de l’Individu. »

Corollaire 1 : « l’Esprit humain, en même temps que la nature de son propre corps, perçoit celui d’un très grand nombre d’Individus. » On comprend aisément pourquoi. Corollaire 2 : « les idées que nous avons des corps extérieurs révèlent/indiquent plus l’état de notre corps que la nature des corps extérieurs. » Cela découle de ce qui a été dit au-dessus avec le glaçon : il n’est pas dans la nature du glaçon d’être froid, néanmoins l’état de mon corps au moment de le toucher a fait que je l’ai trouvé froid.

Misrahi : ici, Spinoza critique encore et toujours la connaissance erronée et superstitieuse : en réalité la connaissance du monde implique davantage la structure de notre corps que celle du monde. Pourtant, l’anthropologie spinoziste n’est pas subjectiviste : elle distingue justement connaissance vraie et connaissance imaginaire ou superstitieuse, distinguée de l’imagination, ne sera ni subjective ni objective, mais relationnelle, impliquant ensemble valablement les structures du corps et du monde.

                On pourrait dire que, sur le plan de la théorie de la perception, de la conscience et du corps, Spinoza annonce comme un appel à la phénoménologie : l’homme est la conscience de son corps et du monde, et la relation au monde est à la fois relationnelle et absolue.

La Proposition 17 expose l’origine des jugements d’existence : l’existence des choses extérieures n’est pas une évidence mais un jugement, jugement non pas de la chose mais de l’affection. Ces jugements d’existence sont de l’ordre de l’imaginaire. Il suit ainsi : aussi longtemps que le Corps humain selon une modalité qui enveloppe la nature d’un Corps extérieur, l’Esprit humain considérera cette affection du Corps : il aura l’idée d’une manière/modalité existant en acte (puisqu’elle affecte un corps), idée qui enveloppe la nature du corps extérieur, cad une idée qui n’exclut pas mais pose l’existence ou la présence de la nature du corps extérieur. Ainsi, « si le Corps humain est affecté selon un mode / une manière qui enveloppe la nature d’un corps extérieur, l’Esprit humain contemplera/considérera ce corps extérieur comme existant en acte, ou comme étant en sa présence / lui étant présent, jusqu’à ce que le Corps soit affecté d’un affect qui exclut l’existence de ce même corps. »

L’Esprit n’a connaissance des corps extérieurs qu’à travers les affections qu’ils ont sur son Corps. L’Esprit contemplera ces corps comme présent aussi longtemps que dure l’affection. Cette affection enveloppe la nature du Corps affecté comme du corps affectant.

Petite subtilité pour comprendre clairement ce qui suit : la connaissance du Corps humain ne s’acquiert pas à partir du Corps même. En réalité, puisque le Corps humain a sans cesse besoin d’autres corps extérieurs pour se conserver, sa connaissance passe par la connaissance de ce très grand nombre d’autres corps extérieurs. Cette somme de connaissance est en Dieu (puisque tout est en Dieu) ; Dieu est affecté des idées de ces corps extérieurs ; donc la connaissance du Corps humain est en Dieu en tant qu’il est affecté des idées de tous ces corps extérieurs au Corps humain.

 

                7. La connaissance du Corps humain par l’Esprit humain passe par le Corps humain

Proposition 19 : « L’Esprit humain ne connaît le Corps humain lui-même et ne sait qu’il existe que par les idées des affections dont son Corps est affecté. » Autrement dit, l’Esprit humain ne connaît pas immédiatement le Corps humain : il lui faut l’entremise des idées des affections de ce dernier. Si le Corps n’est jamais affecté par un corps extérieur, l’Esprit ne pourra avoir conscience de lui.

- Misrahi : Spinoza insiste sur le fait que l’Esprit est conscient de son Corps ; les hommes « ont le désir de      rechercher leur utile, et ils en sont conscients », ce qui ne saurait être plus clair.

Proposition 23 : « L’Esprit ne se connaît pas lui-même, si ce n’est en tant qu’il perçoit les idées des affections du Corps. » Je pense que c’est assez clair comme ça.

 

                8.             Problème : la connaissance par le corps humain n’est pas adéquate

Jusqu’ici nous avons dit : soit x un corps extérieur quelconque. L’Esprit perçoit x lorsque le Corps est affecté par x ; donc tant que le Corps n’est pas affecté tout court, l’Esprit ne perçoit rien de son environnement ; ce sont les propositions 19 et 23 renversées. D’où la Proposition 26 : « L’Esprit humain ne perçoit aucun corps extérieur comme existant en acte, si ce n’est par l’entremise des idées des affections de son Corps. »

Malheureusement, la connaissance par le Corps n’est pas adéquate. « N’est pas adéquate », c’est-à-dire « n’enveloppe pas la connaissance adéquate ». On a déjà dit que la connaissance des affections enveloppe celle des corps affecté et affectant : c’est la Proposition 16 : « l’idée d’une quelconque manière / de chaque modalité dont le Corps humain est affecté par les corps extérieurs enveloppe nécessairement la nature du Corps humain et la nature du corps extérieur. »

Proposition 24 : « L’Esprit humain n’enveloppe pas la connaissance adéquate des parties composant le Corps humain. » Pour éviter la longue démonstration, on retiendra deux choses. De un, le fait qu’il faille nécessairement que l’Esprit ait une connaissance parfaite de son Corps pour avec une connaissance parfaite de ce qui affecte celui-ci. De deux, malheureusement, comme le dit Misrahi : le fait que l’Esprit humain soit conscient du Corps (et même, conscience du Corps) n’implique pas qu’il y ait conscience des éléments distincts et organiques de ce Corps. Le Corps est l’objet de la conscience seulement en tant qu’il est l’Individu global, en tant que structure et synthèse d’une certaine quantité de mouvement et de repos.

Proposition 25 : « L’idée d’une quelconque affection du Corps humain n’enveloppe pas la connaissance adéquate du Corps extérieur affectant. » Donc l’Esprit ne connaît pas adéquatement le corps extérieur lorsqu’il perçoit l’affection que celui-ci affecte son propre Corps, et par suite, l’Esprit ne le connaîtra pas adéquatement non plus en l’imaginant. D’où le Corollaire Proposition 26 : « En tant que l’Esprit imagine un corps extérieur, il n’en a pas la connaissance adéquate. »

Les Propositions 27 et 28 se suivent de manière limpide. Proposition 27 : « L’idée d’une quelconque affection du Corps humain n’enveloppe pas la connaissance adéquate du Corps humain. » Retenons : car l’Esprit ne connaît pas adéquatement le Corps humain, celui-ci étant comme la somme (finie mais néanmoins immense) de tous les corps extérieurs qui le régénèrent continuellement. Proposition 28 : « Les idées des affections du Corps humain, en tant qu’on les rapporte seulement à l’Esprit humain, ne sont pas claires et distinctes, mais confuses. » Et si elles sont confuses, l’Esprit ne peut, par elles, accéder à la connaissance adéquate du Corps. Or, nous avions dit que connaître l’Esprit (une idée) nécessitait de connaître le Corps (son objet).

On synthétise le tout par un petit Corollaire des familles ainsi qu’une Scolie et un commentaire de Misrahi :

Corollaire Proposition 29 : « Chaque fois que l’Esprit humain perçoit les choses selon l’ordre commun de la Nature, il n’a ni de lui-même, ni de son propre Corps, ni des corps extérieurs, la connaissance adéquate, mais seulement une connaissance confuse et mutilée. Car l’Esprit ne se connaît lui-même qu’en tant qu’il perçoit les idées des affections du Corps. Cependant, l’Esprit ne perçoit son Corps que par l’entremise des idées des affections, de même les corps extérieurs. Par suite, en tant qu’il a ces idées, il n’a ni de lui-même, ni de son Corps, ni des corps extérieurs, la connaissance adéquate, mais seulement une connaissance confuse et mutilée. »

Scolie Proposition 29 : « Je dis expressément que l’Esprit n’a ni de lui-même, ni de son propre Corps, ni des corps extérieurs, la connaissance adéquate, mais seulement une connaissance confuse et mutilée, « chaque fois qu’il perçoit les choses selon l’ordre commun de la nature », cad chaque fois qu’il est déterminé de l’extérieur par le cours fortuit des choses/évènements à considérer tel ou tel objet ; et non pas quand il est déterminé intérieurement, du fait qu’il considère ensemble plusieurs objets, à comprendre leurs ressemblances/convenances, leurs différences et leurs oppositions. En effet, chaque fois que c’est de l’intérieur/du dedans que l’Esprit est disposé de telle ou telle manière/modalité, il considère les choses clairement, comme on le montrera plus loin. »

Misrahi : ce scolie est la véritable clé de la théorie spinoziste de la connaissance et de celle de la conscience. L’Esprit est toujours conscient, mais cette conscience est d’abord une conscience immédiate, cad erronée, de soi et du monde. Mais cette conscience erronée, cette fausse conscience, n’est telle que dans l’attitude « empirique », celle qui résulte d’une détermination de soi par le monde extérieur (ou plutôt d’une perception de soi comme déterminé par autre chose que soi). Ce sont la perception et l’explication des choses par l’extérieur, de l’extérieur, et par les rencontres fortuites d’évènements, qui entraînent une connaissance fausse de soi-même et du monde.

Prenez l’exemple de la chute des corps (exemple personnel, pas de Misrahi). Dans la vie de tous les jours, on voit avec nos yeux que de deux corps différents qui tombent, le plus lourd tombe le plus vite. Mais cette observation est biaisée. En effet, en physique, la loi de la chute des corps stipule que deux corps de masses différentes tombent exactement à la même vitesse : rappelez-vous, sur la Lune, en 1971, la plume et le marteau qui tombent à la même vitesse. Nous, humains, ne pouvons le saisir à cause des frottements de l’air, qui font que le corps léger sera plus ralenti que le corps lourd, et donc que le second tombera plus vite que le premier. Sur la Lune, il n’y a pas d’air, donc pas de frottement. CQFD.

Donc observer ne suffit pas pour comprendre, si un jour on vous pose la question.

On récapitule : l’Esprit ne connaît pas son Corps adéquatement ; sa connaissance de lui-même et du monde (cad tout ce qui est étendu et qui a affecté, affecte et affectera son Corps) est imparfaite en tant qu’elle lui vient des modifications de son Corps. Comment donc arriver à une connaissance adéquate ? C’est ce que, dans son infinie bonté, Spinoza propose de montrer. Sauf que vu que ce dossier, c’est moi qui l’écris, on retiendra donc mon infinie bonté.

 

                9.             Comment l’on atteint à la connaissance adéquate

Ce n’est que si l’Esprit adopte une attitude réflexive (voir les liens entre les choses), s’il se détermine « de l’intérieur » et s’efforce de comparer, de rassembler, de comprendre par l’entendement, qu’il peut accéder à une connaissance vraie. Autrement dit, la connaissance adéquate, celle qui libère l’Esprit, n’apparaît qu’une fois que l’Esprit s’est émancipé de la connaissance par imagination (« connaissance du premier genre » dit Spinoza). La connaissance adéquate de x n’émerge que lorsque l’Esprit appréhende x sous le couvert de la suite infinie de causes dont x est le résultat. Typiquement, comme je l’ai dit plus haut, la chute des corps : la physique de Galilée et Newton, formalisée, mathématisée, libère l’esprit infiniment plus que celle d’Aristote. Autre exemple, l’écologie : avant de parler écologie sérieusement, il faut d’abord savoir qu’il n’existe pas d’énergie renouvelable, que c’est la source de l’énergie et non l’énergie même qui est potentiellement infinie, et que pour créer de l’énergie, il faut d’abord en avoir, qu’on ne peut pas en créer à partir de rien. En pensant de cette manière, l’Esprit pense par lui-même ; il ne peut penser librement qu’en pensant adéquatement. Cette suite infinie de causes commençant à Dieu, il faut, pour libérer l’Esprit, rapporter les idées à Dieu. Pas facile, certes, Spinoza est le premier à le dire. Mais que voulez-vous, en toute chose on n’est jamais libre en étant passif, la liberté réside toujours dans l’action, dans la volonté, la persévérance, etc.

 

C.            Conclusion générale

Un Corps est fini en son genre ; on le perçoit sous l’attribut de l’Etendue ; il découle d’une chaîne infinie de causes dont le point de départ est Dieu considéré sous l’attribut de l’Etendue, et exprime en cela l’essence de Dieu de manière précise et déterminée. Un corps existe de pair avec l’idée de ce corps ; tous deux sont une seule et unique chose que l’on perçoit sous l’attribut de l’Etendue ou de la Pensée. Spinoza n’est donc ni matérialiste ni spiritualiste au sens commun des termes : la matière ne prime pas sur la pensée et inversement.

Connaître l’Homme doit amener le règne de la connaissance rationnelle, laquelle doit supplanter la connaissance superstitieuse afin de rendre les hommes sages donc libres. Connaître l’Homme implique de connaître son Esprit. Or, l’Homme consiste en un Esprit et un Corps, deux facettes de la même réalité : l’Esprit humain perçoit et connaît à travers les affections du monde extérieur sur son Corps, car la connaissance des affections enveloppe celle des corps affecté et affectant. Connaître l’Esprit humain implique donc de connaître le Corps humain ; donc l’Homme est d’abord un corps.

Le Corps est mis en contact avec de ce qui l’entoure grâce à ses cinq sens ; reformulé : un corps extérieur l’affecte à travers un ou plusieurs des cinq sens. Cette affection est une image. Lorsque le corps affectant affecte notre Corps, notre Esprit « imagine » ce corps : c’est la connaissance directe par le corps, que Spinoza appelle « connaissance par imagination, connaissance du premier degré ». L’Esprit humain connaît d’autant mieux que le Corps humain est composé de très nombreux corps. Les affections du Corps engendrent des images qui permettent l’imagination et, par association, la Mémoire.

Cependant, la connaissance immédiate par le Corps est « mutilée et confuse », et trompe l’Esprit quant à la vérité objective. Accéder à la vérité objective et libératrice s’accomplit donc en s’émancipant de cette connaissance par imagination, cad en appréhendant les choses par leurs causes. Et à l’inverse, on ne peut pas penser ce qui ne nous a jamais affecté physiquement : ainsi ne peut-on penser ni le vide, ni le rien, ni la mort (ce qui n’empêche pas que la grandeur de l’Esprit humain soit de mettre des mots sur ces concepts).

Vous aurez compris que Spinoza est déterministe. D’ailleurs, pour l’anecdote, Albert Einstein était un grand lecteur de Spinoza et sa théorie principale, la Relativité Générale, a comme cadre un espace-temps déterministe. « Dieu ne joue pas aux dés », CQFD.

Voilà, en espérant que ça vous aura plu et aidés, et en espérant vous avoir donné envie de continuer dans la philosophie. Le dossier originel est plus complet encore. Et (pour ceux que ça encouragera), je n’ai vraiment compris le court texte « de l’indestructibilité de notre être par la mort » de Schopenhauer qu’une fois avoir compris les enchaînement de Spinoza de ce dossier. La philosophie de Spinoza, c’est l’école de la rigueur, à force de patience et de persévérance elle offre à l’esprit un cadre qui ne le borne pas pour autant.

Pierre Menard
Membre de l'équipe Isegoria 2018