Pourquoi aimons-nous la BD : Sur les passions

Publié le 26 mars 2017 Société Littérature

Il y a peu, j’ai dû répondre à une question dont la réponse me paraissait facile : pourquoi est-ce que j’aime la bande dessinée ? Voilà une question qui m’anime plus que d’autres, et à laquelle je n’ai jamais véritablement répondu, car cette réponse m’est toujours apparue comme évidente. Vous êtes-vous déjà rappelé les raisons profondes de vos passions ? J’ai tenté de le faire, et j’aimerais non seulement vous partager ce que j’ai pu en tirer comme enseignements, mais aussi vous faire réaliser que la bande dessinée est un art à part entière, un art que je trouve personnellement beau, plus beau que ce à quoi on l’identifie quotidiennement. Et, qui sait, j’arriverai peut être, à la fin de ce court exposé, à vous y convertir. Pour moi, c’est la BD, mais pour vous, ce sera peut-être le cinéma, la littérature, la poésie, la peinture, ou que sais-je, la poterie qui vous fera partager ma réflexion.

 

De prime abord, je dirai que c’est sûrement car la BD nous replonge dans notre enfance. Dans nos souvenirs d’enfance. Elle entretient la flamme de notre jeunesse. Même si nous sommes bien sûr loin d’être vieux, nous avons parfois tendance à oublier notre âme d’enfant. La BD, elle, la sublime pour nous. Retrouver, le temps d’une lecture, d’une vingtaine de minutes à plusieurs heures, une certaine forme d’insouciance, où tout ce qui nous préoccupe se tient devant nos yeux, mais aussi une certaine forme de plénitude, la même que celle que nous avions enfants, au temps ou nous avions moins de responsabilités, moins de choses à quoi penser. Pas de CC de logistique, ni d’emplois du temps chargés, ni d’heures passées dans les transports en communs bondés et bruyants.

Certains, bien sûr, nous diront puérils, enfantins, coincés dans un univers qui n’est pas le nôtre. Ils ont parfois raison, mais leur regard et leur ton condescendant lorsqu’ils nous le disent prouvent qu’ils ne comprennent pas le plaisir que l’on peut ressentir à retomber en enfance, grâce à une BD, ou grâce à un livre, un film, une peinture…

Plus largement, nous aimons la BD parce qu’elle frise la perfection. Pour l’évasion qu’elle nous procure. Pour le fait qu’elle nous propulse dans une infinité d’univers divers et variés, de mondes, parce qu’elle alimente nos pensées et parfois nos rêves, parce qu’elle nous offre la possibilité de s’identifier à ses milliers de personnages. Grâce à elles, nous partageons l’imaginaire d’auteurs, d’artistes ! « Au même titre que d’autres œuvres littéraires », me direz-vous. Ce à quoi je répondrai « Non, infiniment mieux que cela ». Pourquoi ? Car des lignes que vous lisez, des images que vous regardez, fixez et admirez, votre esprit les animent, leur donne un sens, un mouvement, une histoire qui est propre à votre imagination. Elle est la fusion, symbiose parfaite entre l’art pictural et l’art écrit. Ses images peuvent être sublimes, et sublimées par nos imaginations.

Bref, pour conclure sur ce premier point, la BD nous permet de nous laisser aller, de nous offrir une petite bulle dans laquelle s’installer pour un peu de temps et nous faire oublier la pression que nous pouvons ressentir au quotidien. De nous faire rire, trépigner d’impatience dans l’attente du prochain tome, mais aussi de nous montrer que nous sommes capables de libérer notre esprit de ce que l’on vit tous les jours.

 

L’aimons-nous également pour son histoire ? Dites moi, quand pensez vous que la BD a vu le jour ? Au XIX siècle, mais bien avant cela, l’art pictural qui racontait des histoires existait bien déjà. Si la BD est un art, à quoi devons nous associer les fresques des grottes de Lascaux ? Les scènes sur les temples égyptiens ? Les frises du Parthénon d’Athènes ? Associer la bande dessinée à tout cela renforce l’amour que nous pouvons lui porter. Car elle est présente à travers les générations, et nous en portons le flambeau, ou en tout cas nous portons celui de la forme qu’elle a pris de nos jours. Et la flamme de la bande dessinée ne semble jamais s’éteindre, mais s’embraser de plus en plus.

Pour la majorité d’entre nous, la bande dessinée est née au XIXème siècle. Son premier chef d’œuvre est The Yellow Kid, de Richard Felton Foucault, et se trouve à des kilomètres de la BD d’aujourd’hui. Cela montre qu’adaptation, évolution, créativité font aussi parties intégrantes de cet art. Même si nous ne sommes pas familiers avec tout ceci, la magie de la BD est telle qu’elle nous offre la possibilité de nous reconnaître à travers l’un ou plusieurs de ses innombrables styles et thèmes. Qu’elle soit belge, française, américaine, policière, d’aventure, d’histoire…

L’histoire, la société, le fantasy, la science fiction, le manga. Tout peut être retranscrit en bande dessinée. De Rahan à XIII, de Titeuf à Garfield, de Corto maltese aux Tuniques Bleues. Tintin, Astérix, Batman et j’en passe… Chaque style peut révéler en vous quelque chose, vous apporter ce que vous cherchez quand vous ouvrez un album.

 

Pour finir, je ne peux résister à vous parler de ce que je préfère, mais aussi d’émettre quelques critiques sur ce qui se passe actuellement. Blacksad est ma bande dessinée favorite. Dans les thèmes éternels traités 1000 fois par toutes les formes d’art, cette BD apporte quelque chose de vraiment nouveau. Blacksad conte les aventures d’un détective privé dans les années 50 aux Etats Unis. Elle aborde des thèmes comme le racisme, la dictature, le muselage de la presse, la corruption, le mensonge, qui sont des thèmes très sérieux, traités avec humour et raison.

Dans cette BD, tous les personnages ne sont pas humains, ce sont des animaux qui se comportent comme des humains. Le fait est que chaque animal correspond à une personnalité, une qualité, un trait de caractère : Malice, Courage, Cupidité, Peur… Alors imaginez-vous dans cet univers : quel animal penseriez-vous être ? Regardez votre voisin, quel animal penseriez-vous-lui attribuer ? Qu’est ce qu’il vous attribuerait ? Quel serait vôtre rôle ? Ce type de projection recoupe ce que j’ai dis en première partie sur l’imagination, et le fait que la BD peut nous propulser dans un univers.

Cependant, la BD peut être parfois décevante. Etant un grand fan de comics américains de super héros, principalement, je trouve que ce genre à été vulgarisé, terni par l’usage qu’en font d’immenses sociétés comme Disney par exemple. L’une des magies de la BD est l’attente. Entre la lecture du tome 7 et la sortie du tome 8, notre esprit fonctionne à plein régime, jusqu’à ce que l’on s’écrive notre propre tome 8 avant la sortie du vrai. En surexploitant les super héros, je trouve que cette rareté a disparue. Il y a toujours un film Marvel ou DC en salle. Toujours des séries TV, toutes les semaines, à quasiment tous les jours de la semaine. Et en s’engageant sur ce chemin de surexploitation, certains personnages ont perdu de l’intérêt à mes yeux et aux yeux de beaucoup d’autres.

Alors, j’espère vous avoir convaincu de lire de la bande dessinée. Pour vous évader un peu plus que la normale, pour vous attarder sur le travail d’artistes de génie, caricatureurs, dessinateurs, scénaristes, graphistes. Bien sûr, à travers cet exposé, j’ai parlé de la bande dessinée, comme vous auriez pu parler de votre passion. Le message est plus grand que de simplement associer épanouissement et bande dessinée. Intéressez vous à l’art. Aux artistes, à leur travail, à leurs messages, à tout ce qui fait que ce qui vous entoure aujourd’hui a une signification et un sens pour beaucoup de gens.

Chaque passion, peut importe ce qu’elle concerne, nous permet de nous évader. Alors pour finir je veux vous dire de personnaliser la votre, utilisez là pour faire de grandes choses. La BD m’a fait réaliser que j’étais un grand enfant qui a envie de le rester, et vous, que vous révélera la vôtre ?

Alexandre Weber
Membre de l'équipe Isegoria 2018