Quel futur pour une Union Européenne en crise ?

Publié le 24 janvier 2017 Géopolitique Politique Société
© European Union 2017 - Source : EP
© European Union 2017 - Source : EP

« L’Europe est née des crises, elle sera la réponse apportée à ces crises », c’est ce message d’espoir un brin naïf de Jean Monnet que Martine Reichterts, directrice générale de l’Education et de la Culture de la Commission européenne, s’est amusée à paraphraser : « L’Europe se construit crise après crise, malheureusement pour nous ».
En effet, le modèle Européen semble peu à peu prendre l’eau suite aux multiples crises qu’il endure. Crise économique, crise migratoire, crise démocratique illustrée par la montée des populismes ; peut-il y avoir une solution commune à apporter ? Ne vivons-nous pas la fin de l’utopie Européenne ? Sans aucun doute, le modèle européen doit se renouveler aussi bien démocratiquement, qu’économiquement et géopolitiquement pour unir et rassembler.

Depuis deux ans, le modèle Européen est mis à mal.

En premier lieu, il connaît une des pires crises migratoires de son existence depuis 2015 : l’arrivée massive de Syriens, d’Irakiens, d’Afghans, de Somaliens, d’Erythréens a ébranlé ses capacités à contrôler ses frontières. En effet, plus d’un million de migrants ont traversé la Méditerranée en 2015 en quête d’une terre d’asile. Cette crise a divisé l’Europe en deux : à l’Ouest, les pays favorables à la politique de quotas imposée par Merkel, à l’Est les frondeurs. La République-Tchèque, la Pologne, la Serbie ont mis en place leur propres politiques pour contrôler le flux de migrants… Et quelle honte pour l’Europe lorsque Viktor Orbàn (premier ministre de la Hongrie) se décida à construire son propre mur en dépit des instructions de Bruxelles ! Il est indéniable que la crise migratoire a affaibli la crédibilité de l’UE sur son contrôle des frontières. Dès lors, il s’en suivit logiquement une montée des extrêmes.
Même si la crise migratoire s’est progressivement estompée en 2016 (350 000 migrants) notamment grâce au pacte établi entre la Turquie et Merkel, les mouvements populistes ont connu l’effet inverse.
La vague des extrêmes déferle peu à peu sur l’ensemble de l’Europe. Le Brexit est la conséquence d’une politique de désinformation entretenue par le UKIP fantasmant sur des hordes de migrants traversant la Manche (la Grande-Bretagne ne veut même pas prendre en charge les 800 mineurs de la jungle de Calais). Le 4 décembre 2016, Matteo Renzi a dû remettre sa démission suite au « non » qui l’a emporté lors du referendum constitutionnel et dorénavant le mouvement cinq étoiles anti-establishment peut s’implanter de façon durable dans le paysage italien. En Autriche le parti d’extrême-droite, le FPO de Norbert Hofer, a failli remporter les élections présidentielles. En Allemagne tout comme en France, la menace de l’extrême-droite plane au-dessus des élections de 2017. Depuis peu, la Pologne sombre dans une crise politique illustrée par les milliers de manifestants qui se rassemblent quotidiennement dans les grandes villes pour dénoncer l’offensive du "bon changement" menée par le parti PIS depuis son accession au pouvoir en octobre 2015. Ils dénoncent la réforme de l'éducation nationale, la future mise au pas du Tribunal constitutionnel, la mainmise sur les médias publics et la restriction du droit de manifester. La Commission Européenne semble impuissante face à Jaroslaw Kaczynski qui semble bien décidé à faire la sourde oreille et à continuer ses réformes en dépit de l’Etat de droit.
Le continent Européen paraît s’effondrer : dans son discours sur l’état de l’Union en septembre, Jean-Claude Juncker a admis que l’Europe traversait « du moins en partie, une crise existentielle ».

L’Europe n’est plus une machine à rêves : les peuples se méfient de plus en plus de l’intellingencia aux manettes de Bruxelles.

Dès lors, une nouvelle fracture apparaît en Europe avec une division entre ceux qui se sentent représentés politiquement et ceux qui ont l’impression d’être laissés pour compte.
Je crois en l’Europe et en ses capacités, il faut rendre à l’Europe sa grandeur. La politique d’austérité promue par l’Allemagne a été inefficace. Pire, elle a augmenté les inégalités et le mécontentement général. Ce n’est qu’en investissant que les Etats réussiront à lutter contre le chômage : finissons-en avec les thèses libérales établies. La mondialisation n’est pas toujours heureuse ; il faut se doter d’une politique économique qui ne soit pas synonyme d’austérité. Notre principale préoccupation doit être la lutte contre le chômage et contre les inégalités afin de redonner de l’espoir aux générations futures.
Contre l’avis général, je vois l’élection de Trump comme une formidable opportunité pour l’UE : le traité transatlantique n’existera jamais, très bien ! Faisons du commerce avec l’Est, avec les pays qui se sentent marginalisés, appliquons une réelle politique d’investissement et d’aide comme lors de la chute du communisme. L’Europe a, là aussi, une carte à jouer au niveau militaire : il est facile d’anticiper le fait que l’OTAN va peu à peu perdre de son influence en Europe sous l’administration Trump. C’est donc une opportunité pour l’Europe de relancer le projet d’une Europe de la Défense. La France, qui est actuellement la seule réelle puissance militaire de l’UE, se doit prendre les rênes pour installer ce projet militaire commun.
Tout comme l’élection de Trump, le Brexit peut se révéler bénéfique pour l’UE. En effet, les pays européens semblent tous partager l’idée selon laquelle il faut imposer au Royaume-Uni un Brexit sans conditions « favorables » : l’UE gagnerait en crédibilité à s’unir en un seul bloc sur la problématique du Brexit pour montrer sa cohérence.

L’Europe est une idée en mouvement ; il faut donc rénover notre façon de penser l’Europe. Lorsqu’une majorité propose de mettre l’intégration européenne en pause, je pense qu’il faut réformer l’UE et notamment son système démocratique qui ne représente que ceux qui osent encore voter – en d’autres termes, peu de monde.

Aymeric Blanchard
Membre de l'équipe Isegoria 2017