Uncle Sam à la recherche d’un second souffle

Publié le 02 novembre 2016
Trump vs Clinton : l'absence de vision au service d'une caricature de campagne ?
Trump vs Clinton : l'absence de vision au service d'une caricature de campagne ?

Que se passe-t-il depuis quelques années outre Atlantique ? Elle semble bien affaiblie aujourd’hui, la première puissance mondiale. Non pas sur ses résultats immédiatement identifiables : économie, chômage, mais sur des questions de société et de diplomatie internationale. Jusqu’à remettre en cause les principes qui ont fait des Etats-Unis la première puissance d’influence mondiale ? Il parait loin, si loin, le temps où le monde s’américanisait en toute quiétude.

Depuis la crise des subprimes, l’économie s’est redressée avec vigueur. Finis les 9,9% de chômage d’avril 2010. La baisse constante du nombre de demandeurs d’emplois permet désormais à l’administration Obama de se targuer d’être passée sous les 5% de chômage en juin 2016. Idem pour les chiffre de la croissance : 2,43% en 2015 et des prévisions d’accélération pour 2016 et 2017. Pas mauvaise la présidence Obama. Ce n’était pourtant pas spécialement là qu’on l’attendait, et c’est bien ailleurs que l’échec, étourdissant, laisse songeur.

Amer bilan que de constater, à la fin de huit ans de gouvernance du premier président noir des Etats-Unis d’Amérique, que les tensions raciales sont aujourd’hui exaltées, avec une rare force. Bavures policières en chaîne, communautés afro-américaines dans les rues. Charlotte, San Diego, Saint Paul, Sacramento, New York et l’incontournable Ferguson : longue est la liste des villes qui se sont soulevées, guidées par l’indignation et la soif d’une justice qui paraît toujours plus anecdotique.

La bannière étoilée a aussi bien perdu de son éclat sur la scène internationale. Si d’évidence la stature de gendarme du monde a disparu depuis déjà plus d’une décennie, les USA n’ont pas non plus assumé leur rôle logique de première puissance militaire mondiale. Le sommet de cette perte de crédibilité étant évidemment atteint lorsqu’Obama a menacé de s’engager en Syrie en cas de confirmation d’utilisation du gaz sarin par le régime d’Assad. La confirmation est tombée, mais les troupes américaines n’ont pas bougé. Signal fort pour le dictateur, libre d’effectuer ses massacres, embourbant le pays et la diplomatie mondiale dans un conflit sans issue.

Politique interne sur fond de guerre sociale, politique internationale frappée de l’impuissance de l’exécutif, l’Oncle Sam a de quoi douter de son équilibre. Mais quelle suite donner alors pour qu’il se redresse fermement sur ses deux pieds et reprenne sa marche d’habitude si assurée et vigoureuse ? Là encore, il a de quoi rester perplexe. Les Américains se retrouvent à devoir choisir entre deux candidats qu’ils ne souhaitent pas, entre un Trump dangereux et inconscient et une Clinton qui peine à susciter l’adhésion. De fait, il manque une vision. Une vision qui permettrait aux électeurs de se projeter dans un avenir apaisé (n’y voyez certainement pas une référence à Marine). C’est pourtant le contraire qui s’opère : les bassesses populistes insufflées par Trump ne font que lancer de nauséabonds débats sur l’immigration, le mur mexicain, l’Islam, pour parfois sombrer dans des polémiques ordurières, comme sur l’état de santé de la candidate démocrate, pendant cette dernière essaie de se débarrasser comme elle peut de l’encombrant scandale de ses e-mails. Il est rare que le débat s’élève et, lorsqu’il est économique, la globalisation est même pointée du doigt. Ironie la plus totale, lorsque le pays des accords de Bretton Woods et du consensus de Washington fustige en des temps plus difficile la globalisation qu’il avait lui-même impulsé. De même que lorsque que nous évoquions le champ diplomatique c’est ici le leader mondial qui se dérobe. Nous subissons aujourd’hui la non-intervention américaine, qui a mené à cette crise diplomatique. Faut-il alors craindre la même chose pour le commerce international ? Cette crise de la société américaine pourrait-elle générer à son tour une crise de la globalisation ? Elargir le diagnostic et l’analyse de cette Amérique malade sans l’être, c’est tout l’intérêt de la venue, mardi 8 novembre, d’Emmanuel Todd à Audencia.

Alban de Poulpiquet
Membre de l'équipe Isegoria 2016